A la rencontre des amérindiens kalina :
Après un peu de stop, quelque rencontrent et au final, une demi journée pour faire 62km, je suis arrivé dans la commune de Awala-Yalimapo, en bord de mer au niveau de l’estuaire du Maroni. En fait, elle regroupe les deux villages de Awala et Yalimapo. Un maire, mais deux chefs coutumiers !
Bien que prévenu de la situation de la population amérindienne (le cul entre deux chaises : notre société de consommation et leurs traditions). J’ai été un peu partagé par quelques questions sur le devenir de cette communauté comme bien d’autre dans le monde.
Arrivé sur place, les gens qui gèrent le carbet sont à la sieste. Je décide d’en faire de même. J’installe le hamac entre deux arbre et hop : farniente bercé par le doux vent de la mer. Je me réveille et deux gars du coin m’invitent à l’heure table. Yedli et son ami sourd muet. Ils m’impressionnent d’abord. Yedli est habillé en treillis et la machette est posée sur la table ! Mais ils sont souriants et je sens rapidement leur curiosité grandir sur mon voyage. Yedli parle avec un fort accent et pas très bien français. Je ne le comprend pas toujours mieux que son ami sourd muet qui sait ce faire comprendre en mimant . Je leur explique que je veux découvrir Yalimapo et ses habitants. Je leur demandent deux trois tuyaux pour les carbets et j’apprends qu’il y en a un sur la plage bien moins onéreux que celui auquel je pensais. Par contre Yedli me dis que je peux dormir chez lui si je lui paye des bières . J’ai refusé poliment, disant que je voulais bien lui donner un coups de mains s’il a du boulot mais que payer des bières n’était pas forcément lui rendre service. Bonne morale non?
Mais en fait, Il a ris, de la façon la plus spontanée que l’on puisse imaginé. Il se moquait un peu de ma réponse. Je comprends seulement maintenant que c’est lui qui voulait me rendre service au départ et que dans ma mentalité occidentale je me suis immédiatement senti redevable et je me suis permis de vouloir lui rendre service.”Il a une idée derrière la tête”, “On me donne ça, je donne ça”,”rien n’est gratuit”…Peut-être que cela ne voulait rien dire pour lui. Quel culot devait-il se dire. Les bières n’étaient qu’une invitation à refaire le monde ou vivre l’instant.
Au fil du Week-end j’ai vu que ça « sirotait » pas mal ici. C’est ce que je craignais. Le lendemain matin deux jeunes de mon âge viennent me voir au carbet. Ils me prenaient pour un autre voyageur de passage présent il y a quelque temps. Mais on a commencé à bien discuter. Ils me disent d’abord que c’est le paradis ici, qu’ils font ce qu’ils veulent, que c’est chez eux, que c’est tranquille. C’était en fait une réponse avec beaucoup de pudeur…petit à petit, en faisant connaissance ils ont commencé à évoqué un malaise dans leur communauté. Ils n’ont rien à faire, « c’est mort », « personne ne bougent sont cul », « nous ont a plein d’idées, mais personnes ne veux suivre ». Ils voudraient construire une tribune pour les jours de match de foot, se faire un abatis sur un bout de forêt du village qui n’est à personne, ils pensent qu’ils pourraient faire des carbets 10fois mieux que celui où je dors.
Je leur demande pour leur traditions… « Tu parle les cérémonies…y biberonnent tous et ils chantent comme des vieux soulards pour appeler les esprits»…
En arrivant sur place, j’avais demandé s’il n’y avait pas trop de soucis dans le coin. Il m’ont dit “Non, non, il n’y a pas de problème. Personne ne vole ici. Enfin, il y a juste deux jeunes…(elle fait la moue, baisse la tête de façon désolé)…Il ont oublié les règles”. En fait, ce sont ces jeunes avec qui j’ai passé le plus de temps durant le week-end. Ils ont 22 et 23 ans et voient les danger de l’alcool pour leur communauté. En cela ils sont rebelles. Ils ne participent pas ou peu aux fêtes. Et au lieux de boire ils fument le “kali”.
Tard dans la soirée du samedi, on en est venu a parler des esprits. En fait, c’est moi qui attendaient l’occasion mais ce sont eux qui m’ont demandé: “Tu n’as pas peur des esprits là sur la plage”. Je leur dit que j’ai appris à donter mes peurs dans ma forêt chez moi en France. Ils me disent qu’ils ne pourraient pas. Surtout pas en plein courant d’air comme je le fais. Très mauvais. Peur ou pas, il faut faire attention. La nuit suivante, j’ai fait plus attention. La lune était claire et les ombres mouvantes de la végétation ont nourrit ma vigilance un moment avant que je ne m’endorme en me rappelant que “j’ai appris à donter mes peurs”…
Ils m’ont parlé d’autre choses “étranges”. Un jours où ils avaient “bien fumé le kali” sur la plage, ils décident de rentrer mes l’un deux voit son père qui arrive en face. Ne voulant pas être vu dans cet état ils sont partis par une autre voie en courant aussi vite que possible. Et là, il y en a un qui à un peu déliré. Il racontait ça beaucoup mieux que je ne vais le faire: Il s’est retrouvé sans s’en rendre compte en pleine forêt à courir sur un layon. Au loin, quelqu’un l’appelait et l’encourageait à venir vers lui. Au moment où il l’a atteint, il s’est retrouvé de nouveau sur la plage. L’espace de quelque seconde, il a fait une sorte de “trans”. Il croyais courir en forêt, mais il était toujours sur la plage. Il me dit en avoir parlé à un cousin du suriname. Ce cousin est un rasta, il lui a dit que c’est Jah ou Hailé Sélassié (Ex d’état de l’Ethiopie devenu un messie à l’origine du culte rasta…pour faire très cours). En fait ils sont très sensible à ce qui les entourent et cherchent, me semble t’il, une certaines harmonie. Le mot méditation n’est pas anodin pour eux.
C’est un peu tous ça que je voulais voir. C’est un peu rapide et superficiel, mais malgré les contraintes de la vie moderne…Au fond d’eux même, ils ont gardé une façon de pensée. Mais comme me l’avait déjà dit Antonio (cf article “dans l’avion”), ce n’est pas une façon de pensée…”c’est comme ça c’est tout”.
Donc a priori, a Yalimapo, il y a la plage et puis c’est tout. D’ailleur, souvent j’ai recroisé Yedli durant le W-E, à chaque fois, il me disait; “Tu as vu, c’est ça…Yalimapo” en me montrant autour de nous.
J’hésite encore à dire s’il voulait me montrer qu’il n’y a rien à faire et que j’étais venu pour ne rien voir de bien intéressant, ou bien s’il voulait me montrer quelque chose qui ne se voit pas, mais qui se ressent… Tranquillité, paix?
Pourtant, la consomation d’alcool m’a vraiment interpellée. Même le lundi matin, à 10h, une quinzaine d’hommes étaient regroupés à l’ombre du seul commerce du coin, à boire cul sec du rhum. Est-ce leur nouvelles façon d’invoquer les esprits, d’être en harmonie, ou de se défoncer la tête pour oublié qu’ils sont piégé par le système… J’ai ma petite idée, mais je ne suis pas resté suffisamment longtemps pour la développer.
Hey, sinon, je vous rassure, je ne suis pas en train de faire un délire mystique. J’écoute, j’apprends et je partage.